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Agroscope prévoit un essai en plein champ avec du blé d’automne sur le site protégé (Protected Site)

26.06.2024 - Des chercheurs et chercheuses d'Agroscope ont déposé une demande d’autorisation pour un essai de dissémination en plein champ avec du blé d’automne traité à l’aide d’un procédé novateur qui vise à trouver de nouvelles résistances aux maladies.

Les lignées de blé concernées ont été cultivées par Agroscope à l'aide d'un nouveau procédé de mutagénèse. La mutagenèse désigne les processus au cours desquels le patrimoine génétique d'une plante est modifié. Certains éléments ou des séquences plus importantes du patrimoine génétique sont mobilisés de manière aléatoire, ou désactivés ou dupliqués. Dans la sélection classique du blé, mais aussi de la plupart des autres plantes utiles, la mutagénèse est utilisée depuis des décennies pour obtenir une plus grande diversité génétique dans les variétés existantes et proposer ainsi à l'agriculture et aux consommatrices et consommateurs de nouvelles caractéristiques utiles. L'essai en plein champ prévu sur le site protégé vise à sélectionner et à caractériser, parmi les plantes traitées, celles qui présentent une meilleure résistance aux maladies.

Essais prévus à partir de cet automne

Le procédé appelé TEgenesis a été inventé pour permettre la mobilisation de transposons (voir encadré) sans provoquer de dommages supplémentaires massifs dans l'ADN des plantes, comme c'est le cas avec les procédés de mutagenèse utilisés jusqu’ici. Toutes les mutations induites par TEgenesis pourraient également se produire dans la nature, car elles sont dues à un processus propre à la plante. Néanmoins, une expertise de l'Office fédéral de la justice datant de mars 2021 a conclu que les plantes traitées au moyen de TEgenesis devaient être considérées comme des plantes génétiquement modifiées et tombaient par conséquent sous le coup de la loi sur le génie génétique. Pour pouvoir réaliser des essais en plein champ, Agroscope a donc déposé en mars une demande d’autorisation pour une dissémination expérimentale auprès de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). L'OFEV examine la demande ainsi que les prises de position recueillies et décidera probablement en automne s'il autorise les essais en plein champ avec ces plantes de blé. Les essais devraient alors débuter en 2024 sur le site protégé pour une durée maximale de cinq ans.

Nouveau procédé de mutagénèse: modifications mineures, sans matériel génétique étranger

Les modifications du patrimoine génétique peuvent être artificielles, provoquées par une irradiation UV intensive, une irradiation radioactive ou certaines substances chimiques, mais aussi naturelles, sous l’effet d’un stress tel que la chaleur ou la sécheresse. Dans le procédé appelé TEgenesis, deux substances ont été utilisées qui, contrairement aux procédés de mutagénèse habituellement utilisés dans la recherche et la sélection, n’induisent que très peu de modifications du patrimoine génétique. Le traitement TEgenesis est toutefois suffisant pour influencer les transposons (en anglais transposon ou transposable element, TE) qui sont déjà présents naturellement dans le patrimoine génétique des plantes. A aucun moment du procédé, des séquences de patrimoine génétique d'autres organismes ne sont introduites.
Presque tous les êtres vivants possèdent un ou plusieurs transposons. Dans le cas du blé, ils représentent plus de 85% du patrimoine génétique. Les transposons, souvent appelés «gènes sauteurs», sont des séquences de patrimoine génétique qui peuvent elles-mêmes changer d'emplacement au sein du génome et/ou insérer des copies d'elles-mêmes. De ce fait, d'autres gènes sont souvent activés ou désactivés de manière aléatoire, ou bien leur expression peut être renforcée ou réduite. Ce type d’influence exercée sur d'autres gènes a par exemple permis des modifications de couleur dans la vigne (p. ex. le pinot gris) ou les oranges sanguines. Modifier le patrimoine génétique semble être la seule fonction des transposons. Normalement, ils ne sont pas actifs afin que le patrimoine génétique reste stable. Le procédé TEgenesis suspend temporairement cette inactivité, ce qui permet aux transposons de «sauter» pendant le traitement.