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Informations complémentaires à l’étude sur les impacts environnementaux des produits phytosanitaires

Une étude d'Agroscope sur les impacts environnementaux et les risques des produits phytosanitaires (PPh) fait l'objet d'une attention particulière dans le contexte des efforts politiques et sociétaux visant à réduire l'utilisation des PPh chimiques. Nous voudrions donc expliquer un certain nombre de points qui ont soulevé des questions.

L'étude a été publiée le 14 juin 2018 sous la forme d'un Agroscope Science 64 "Bewertung der Umweltwirkungen und Risiken verschiedener Pflanzenschutzstrategien für fünf Kulturen in der Schweiz" («Évaluation des impacts environnementaux et des risques de différentes stratégies phytosanitaires appliquées à cinq cultures en Suisse»). Elle était accompagnée d'un communiqué de presse, un résume a également été publié dans la revue «Recherche Agronomique Suisse». 

Quel était l’objectif de l’étude?

Dans cette étude, Agroscope a étudié les impacts environnementaux et les risques des applications de PPh selon les directives d’IP-SUISSE en comparaison aux applications de PPh selon les prestations écologiques requises (PER), c'est-à-dire les exigences minimales pour recevoir des paiements directs. Cinq cultures ont été prises en compte: le colza d'automne, le blé d'automne, les carottes, les pommes de terre et les betteraves sucrières. L'évaluation a été réalisée à l'aide de deux méthodes complémentaires: l’analyse de cycle de vie (impacts environnementaux) et l'évaluation des risques. Pour ce faire, on a poursuivi le développement des méthodes et on les a adaptées à la Suisse. 

Dans quelle mesure les traitements et les procédés culturaux sont-ils réalistes?

Les traitements étudiés sont typiques de la pratique agricole suisse. La fréquence de traitement et le choix des substances actives se basaient sur des données provenant d'environ 300 exploitations ; les substances actives les plus fréquemment utilisées dans une culture ont été sélectionnées. Autrement dit, tous les PPh autorisés dans une culture n'ont pas été pris en compte. Cependant, notre approche a permis d'effectuer une évaluation comparative en utilisant les substances actives les plus fréquemment utilisées dans les cultures examinées.

Trois scénarios de traitement ont été définis pour chaque culture et validés par des experts du conseil et de la recherche agronomiques:

  • PERmoyen: scénario de traitement «typique» basé sur les PER. Ce scénario repose sur le nombre moyen d’interventions calculé à partir des données du réseau d’exploitations du Dépouillement centralisé des indicateurs agro-environnementaux (données IAE, 2009-2014) et sur les substances actives les plus fréquemment utilisées.
  • PERélevé: reflète la culture PER soumise à une forte pression d’organismes nuisibles et se base sur le 75ème percentile du nombre d’interventions par milieu et par culture des données IAE. 
  • IP-SUISSE (IPS): dérivé du scénario PERmoyen et adapté à chaque culture selon les directives IPS, moyennant la mise en œuvre d’interdictions et de restrictions.

Aucune donnée IAE n’était disponible pour les carottes. Les scénarios de traitement ont donc été définis à l’aide de huit experts d’Agroscope et de sept experts externes (cf. Agroscope Science 64, tableau 11) et adaptés si nécessaire. La description détaillée des traitements et des procédés culturaux de même que de leur dérivation et de leur validation se trouvent dans Agroscope Science 64, chapitre 4 et annexes 10.6 et 10.7.

Les résultats se basent-ils sur des essais en plein champ?

Non. Les résultats sont basés sur des modélisations avec deux approches différentes: l’analyse de cycle de vie (PestLCI, UseTox et ReCiPe) et l’évaluation des risques (Synops). 

Quels sont les messages clés du rapport?

Les principaux résultats peuvent être résumés comme suit:

  • Les procédés culturaux selon les directives IP-SUISSE présentaient des risques et des impacts environnementaux dus aux PPh nettement plus faibles à similaires par rapport à ceux d’une intensité de traitement typique des PER (PERmoyen).
  • Les procédés à haute intensité de traitement (PERélevé) affichaient des impacts environnementaux ou des risques beaucoup plus élevés pour plusieurs indicateurs.
  • Dans les procédés culturaux étudiés, une large gamme de PPh est utilisée contre de nombreux ravageurs et maladies. L’étude a cependant montré que seule une ou un petit nombre de substances actives utilisées dans un traitement ont généralement un impact décisif sur les risques et les impacts sur l'environnement. Cela montre que, d'une part, il est impératif de procéder à une analyse différenciée pour comprendre d’où proviennent les risques et les impacts environnementaux et que, d'autre part, éviter les substances actives critiques peut apporter des améliorations significatives.
  • Les résultats des milieux environnementaux analysés, eau, sol et biotope lisière, diffèrent parfois considérablement. Une évaluation fiable des stratégies de protection phytosanitaires doit donc inclure non seulement les eaux, mais aussi tous les milieux environnementaux affectés. 

Une réduction des risques sans pertes de rendement est-elle possible?

Cette question n'a pas été examinée directement dans l'étude. Les rendements de production dans le cadre des directives d'IP-SUISSE ont été inférieurs pour le blé d'automne (-17%) et le colza d'automne (-11%, rapport de base 2014, Dépouillement centralisé des données comptables) par rapport à la production correspondante selon les directives PER. Pour les autres cultures, aucune différence de rendement importante n'a été constatée, mais dans ce cas il y a encore moins de valeurs empiriques fiables que pour le blé d’automne et le colza d'automne cultivés selon les directives IPS.

Il est typique dans la protection phytosanitaire à base de substances chimiques que toutes les substances actives utilisées contre un organisme nuisible spécifique n'ont pas la même efficacité d'action. Dans cette étude, nous avons pu montrer que souvent ce ne sont que quelques substances actives qui sont à l’origine des risques et des impacts environnementaux. Ces substances actives critiques ne devraient donc être utilisées qu'après que toutes les autres mesures possibles de protection phytosanitaire aient été utilisées et s'il existe néanmoins un risque de pertes de rendement important de même que si aucun autre moyen de protection n'est disponible. Il convient en premier lieu d'appliquer le concept de la protection phytosanitaire intégrée et d'appliquer des mesures telles que le choix des variétés, la rotation des cultures, les systèmes de prévision, les seuils d'intervention et les méthodes de lutte non chimiques. Une discussion détaillée à ce sujet se trouve dans l'étude (Agroscope Science 64, chapitre 7.3.2). 

Le rapport fournit-il une base pour l'interdiction de certaines substances actives?

Non. L'objectif de cette étude était de comparer les risques et les impacts environnementaux de l'utilisation des PPh dans différents procédés culturaux. Il s'est avéré que renoncer à des substances actives présentant un risque écotoxicologique plus élevé peut réduire de manière sensible les impacts environnementaux et les risques. Ainsi, l’abandon ciblé de quelques substances actives particulièrement critiques peut avoir un effet plus positif sur l'environnement qu'une réduction générale de l'utilisation des PPh. Cette étude n'a pas analysé les mesures qui pourraient être prises pour réduire l'utilisation de substances actives particulièrement critiques ni les effets que cela aurait sur la production. Une liste exhaustive des substances actives particulièrement critiques n'a pas non plus été établie.

Toutes les substances actives examinées sont autorisées pour l'utilisation dans les cultures correspondantes, c'est-à-dire que les risques ont été testés dans le cadre de la procédure d’autorisation et, le cas échéant, des instructions d'utilisation restrictive ont été émises. Autrement dit, les substances actives remplissent les exigences légales minimales. Compte tenu des nouvelles découvertes scientifiques pertinentes en matière de risques, l’autorisation et les prescriptions d’utilisation des produits déjà homologués sont actualisées en permanence par la Confédération dans le cadre du «réexamen ciblé» des PPh.

Les différences les plus importantes entre l'étude et la procédure d'autorisation sont décrites en détail dans Agroscope Science 64, chapitre 7.4.1.

Dans de nombreuses cultures, plusieurs substances actives sont autorisées pour la lutte contre certains ravageurs et peuvent donc être utilisées. Cela permet de prendre en compte les conditions spécifiques d'une application de PPh - par exemple, la taux d'infestation, le stade de croissance des plantes cultivées ou la durée de protection souhaitée - et d'utiliser le PPh le plus approprié à chaque cas. L'étude se situe dans ce contexte et conclut qu'il est possible de mieux prendre en considération les risques et les impacts environnementaux lors du choix des substances actives utilisées. L'étude soutient que renoncer à certaines substances actives est une approche possible, en particulier là où des mesures de protection phytosanitaire alternatives peuvent être utilisées de manière plus cohérente. 

Y a-t-il un lien avec les initiatives en cours?

Non. Cette étude a été lancée début 2016 ; les initiatives populaires «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» ont été lancées plus tard. 

Comment l'étude contribue-t-elle à la discussion actuelle sur les PPh?

Cette étude apporte une contribution importante au débat actuel sur les impacts des PPh sur l'environnement en complétant la recherche sur les alternatives non chimiques dans la protection phytosanitaire de même que les projets de surveillance des impacts des PPh sur les eaux et le sol (par exemple par le biais de l'Observatoire national des sols NABO). Elle montre également qu'une évaluation des effets à long terme (analyse de cycle de vie) et une identification précoce des risques (évaluation des risques) sont possibles lors de l’élaboration de stratégies de protection phytosanitaire et contribuent à une protection des cultures plus respectueuse de l'environnement. Agroscope entend montrer la voie vers une agriculture plus durable, fournir des bases pour la prise de décisions et contribuer à instaurer le débat.

L'étude fait partie des nombreuses activités d'Agroscope dans le domaine de la protection des végétaux. La page du champ stratégique de recherche «Développement d'une protection phytosanitaire durable et à faibles risques» en donne un aperçu.