Flavescence dorée: réduire la pression de la maladie en gérant les noisetiers
Selon une étude menée au Tessin par Agroscope et le WSL, la coupe rase de noisetiers situés près des vignobles permet de réduire durablement les populations d’Orientus ishidae, un vecteur alternatif de la flavescence dorée.

La lutte contre la flavescence dorée (FD) repose sur trois piliers:
- les traitements insecticides ciblant la cicadelle Scaphoideus titanus, principal vecteur la maladie
- l’arrachage des ceps infectés
- la recommandation d’utiliser du matériel de propagation traité à l’eau chaude.
Malgré ces mesures, cette maladie incurable continue de progresser. Cela suggère que d’autres vecteurs et plantes-hôtes participent à sa dissémination.
Duo cicadelle O. ishidae et noisetier commun
Les chercheurs se sont intéressés à Orientus ishidae, une cicadelle d’origine asiatique potentiellement capable de transmettre des phytoplasmes associés à la FD, ainsi qu’au noisetier commun (Corylus avellana), très répandu dans les zones boisées bordant les vignobles. L’étude a été réalisée sur huit sites viticoles, caractérisés par une forte proximité entre vignobles et forêts, configuration typique du sud des Alpes. Les résultats ont été publiés dans Journal of Economic Entomology.
Questions à un spécialiste de la flavescence dorée
Trois questions à Attilio Rizzoli, dernier auteur de l’étude et collaborateur technico-scientifique chez Agroscope (centre de compétences Néobiotes).
Pourquoi vous êtes-vous intéressés au noisetier en particulier? Et qu’avez-vous observé?
Notre expérience a confirmé que le noisetier constitue bien une plante-hôte pour O. ishidae. Nous avons prélevé plusieurs branches de noisetier afin de tester la ponte. L’éclosion de nombreuses larves a confirmé que les femelles adultes pondent effectivement dans les replis rugueux de l’écorce de noisetier et que cette plante permet le développement complet de l’insecte jusqu’au stade adulte. De plus, au fil des années, on a pu constater à plusieurs reprises que le vecteur et la plante peuvent tous les deux être infectés par des phytoplasmes liés à la FD. Ces derniers résultats correspondent à ce qu’on a observé dans d’autres pays aussi. Et puis, le noisetier est une espèce qu’on trouve très fréquente dans nos forêts et il nous a donc semblé évident qu’il fallait s’en occuper dans le cadre d’une gestion élargie et holistique de la FD.
Quelles mesures avez-vous testées pour réduire les populations de O. ishidae et avec quels résultats?
Nous avons testé une mesure simple de gestion de l’habitat: le recépage de noisetiers situés à proximité directe de zones fortement colonisées par O. ishidae. Les résultats se sont révélés particulièrement encourageants: dès la première année après le recépage, les populations d’O. ishidae ont fortement diminué dans les sites traités. Trois ans après, les réductions atteignaient 75 à 82 %, voire 86 % dans un site où toute la biomasse aérienne des noisetiers présents a été éliminée lors d’un projet de restauration d’un verger de châtaigniers.
Cette baisse a aussi été observée à l’intérieur des vignobles voisins, avec des diminutions pouvant atteindre 87 % des captures. Les effets se sont maintenus malgré la repousse naturelle des noisetiers, suggérant qu’une seule intervention peut produire des bénéfices durables. À l’inverse, dans les sites témoins (pas de coupe), les populations de O. ishidae sont généralement restées stables, ou ont augmenté.
Faudrait-il dès lors supprimer tous les noisetiers à proximité des vignobles?
Non, certainement pas tous les noisetiers, et ça ne remplace pas les autres mesures existantes et obligatoires.
Les résultats de cette étude soulignent essentiellement l’importance du paysage dans le cycle épidémiologique de la FD. Ils montrent qu'une gestion ciblée peut contribuer à réduire la pression de la maladie.
Il y a sûrement des espèces prioritaires à surveiller outre les noisetiers - par exemple les aulnes. De plus, d'autres espèces ligneuses ont également déjà été retrouvées infectées par des phytoplasmes associés à la FD.
Avant d'entreprendre des interventions sylvicoles, il est crucial de comprendre les éléments forestiers qui pourraient jouer un rôle dans l'épidémiologie de la FD. Il est aussi important d'évaluer les enjeux en matière de durabilité et d’équilibrer les coûts et les bénéfices pour la gestion des vignobles et de l’environnement qui les entoure.
En général, la gestion des noisetiers et du paysage au sens large pourrait intégrer et compléter les mesures de lutte actuellement en vigueur. Relativement peu coûteuse, facile à mettre en œuvre et compatible avec une protection plus durable des cultures, elle semble particulièrement pertinente dans les vignobles bordés de forêts où la pression de la maladie le justifie.
Informations complémentaires
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Centre de compétences Néobiotes
Le centre de compétences Néobiotes, à Cadenazzo (TI), élabore des méthodes de lutte pour prévenir et contenir la propagation de nouveaux agents pathogènes, ravageurs et plantes envahissantes. La pression de ces organismes exotiques indésirables est en constante augmentation et représente une menace potentielle pour l’agriculture suisse

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