Alternatives à l'utilisation du glyphosate dans les gares et sur le réseau de voies ferrées des CFF
La végétation dans la zone des voies ferrées ne doit pas gêner le trafic et doit donc être contrôlée. A cet effet, les CFF utilisent du glyphosate, mais souhaitent limiter son utilisation au minimum. Ils ont donc chargé Agroscope d'étudier des stratégies alternatives telles que la végétalisation ciblée de banquettes et des pistes de voies ferrées ainsi que le contrôle de la végétation à l'aide d'eau chaude.
La protection de la biodiversité est très importante, mais la végétation n’est pas la bienvenue partout. Pour ne pas nuire à la sécurité du trafic et à la longévité des matériaux et des banquettes et pour éviter les perturbations sur le réseau ferroviaire, les plantes doivent être supprimées des pistes de voies ferrées. Dans le monde entier, les compagnies de chemins de fer sont soumises à des pressions publiques et politiques pour rendre leur exploitation plus écologique, et notamment pour réduire l'utilisation d'herbicides. En Suisse, après l’interdiction de l’atrazine, le glyphosate est, depuis le début des années 1990, la seule substance active autorisée pour lutter contre les mauvaises herbes dans le secteur ferroviaire. Bien que la totalité du glyphosate utilisée par les CFF ne représente que 1 à 2 % de la totalité du glyphosate appliquée en Suisse, ils en sont néanmoins les plus gros consommateurs.
Dans le cadre du plan d'action «Alternatives aux herbicides», les CFF font de nombreux efforts pour promouvoir des alternatives et limiter l'utilisation de produits chimiques au strict minimum. La quantité de glyphosate a été fortement réduite, surtout grâce à l'utilisation de mesures mécaniques et cet herbicide ne doit plus être utilisé que dans des cas exceptionnels.
Cette réduction ne peut toutefois se faire qu'en assurant la sécurité du trafic et des personnes. A l'instar des CFF, d'autres compagnies de chemins de fer, comme la Deutsche Bahn DB ou la SNCF, explorent différentes stratégies alternatives pour le contrôle – indispensable - de la végétation. Celles-ci vont des méthodes classiques comme les nouveaux bioherbicides à des procédés que l’on pourrait qualifier d’«exotiques» comme le pâturage par des moutons, des chèvres et des poneys.
Outre plusieurs autres projets innovants de contrôle de la végétation avec différents partenaires en Suisse, les CFF étudient, en collaboration avec Agroscope - qui est également impliquée dans le plan d'action sur les produits phytosanitaires de la Confédération - d’autres alternatives telles que la végétalisation des chemins d'entretien et des pistes de voies ferrées ainsi que l'efficacité des traitements à l'eau chaude.
Le projet principal visant à étudier le succès de la végétalisation avec un mélange de plantes sélectionnées dans les zones entre les voies et sur les banquettes est terminé. Les derniers relevés de plantes ont été effectués fin octobre 2023. L'évaluation des résultats est achevée. Ceux-ci ont été présentés au cours du premier trimestre 2024.
La végétalisation ciblée des abords de voies offre une alternative réaliste à l'utilisation d'herbicides, mais nécessite néanmoins un entretien régulier afin de garder les plantes indésirables sous contrôle.
Deux mélanges de plantes ont été les plus efficaces: l'un s'adapte de manière flexible aux différentes conditions du site, l'autre contient un grand nombre d’espèces pionnières.
Le rapport final a été publié et est disponible sous «Publications» ci-dessous .
SNCF Réseau a renoncé à l’utilisation du glyphosate en 2022 pour l’entretien des voies et des pistes. Jusque-là, elle était le plus grand consommateur avec 35 à 38 tonnes par an, ce qui représente 0,4 % de la consommation de ce produit en France.
Pour traiter ces zones, l’entreprise s’est dotée de nouveaux trains désherbeurs qui utilisent désormais un produit de biocontrôle (acide pélargonique à 95 %) combiné au flazasulfuron (à 5 %), une molécule du groupe des sulfonylurées. Ces trains sont aussi équipés de systèmes GPS intégrant toutes les zones d’interdiction de traitement liées à la préservation de la qualité de l’eau et l’ensemble des données cadastrales permettant d’assurer une coupure automatique au droit des parcelles concernées par les distances de sécurité. A ces GPS a été rajouté un système de détection de plantes automatisé qui permet une application ciblée du désherbant.
Au-delà des pistes, dans la bande de sécurité et les abords, l’entretien mécanique est majoritaire (fauchage, élagage, débroussaillage), mais au cas par cas, des techniques alternatives sont également utilisées: pose de géotextile sur les pistes, éco-pâturage (moutons, chèvres, vaches et poneys), etc. Après plusieurs années d’expérience, l’éco- pâturage s’est avéré très efficace pour contrôler certaines espèces végétales invasives (par ex.: renouée du Japon sur ses emprises non ferroviaires ou délaissées) à un coût acceptable.
Enfin, comme les CFF, SNCF Réseau expérimente actuellement, à un stade très avancé, des matériaux empêchant la pousse des plantes ainsi que la végétalisation ciblée des voies de service dans les triages et des pistes.
Pour plus d'informations, veuillez consulter les pages Internet ci-dessous (en français seulement).
D'ici à 2025, les CFF entendent ne plus contrôler la végétation aux abords des voies qu'exceptionnellement avec des herbicides. Agroscope a étudié l'efficacité des traitements à l'eau chaude dans le cadre d'un essai de trois ans et considère cette méthode comme une alternative valable aux herbicides. Les tests ont porté sur l'eau chaude et le glyphosate et ont été comparés à un témoin non traité.
Conclusion
L'efficience des différents traitements à l'eau chaude a varié entre 74 et 100 % dans les essais des CFF. L'effet peut donc être considéré comme moyen à très bon. Plus l'eau est chaude, plus l'effet peut être obtenu rapidement.
Il s'avère que les traitements répétés à l'eau chaude permettent de contrôler les plantes annuelles et les jeunes plantes vivaces dans la zone des voies ferrées avec une efficacité similaire à celle du glyphosate.
Au total, 63 espèces végétales différentes ont été trouvées sur les voies. Sur les voies traitées, il y avait en moyenne quatre à dix plantes par cadre de comptage fin septembre 2021. Sur la voie de contrôle, en revanche, 169 plantes en moyenne par cadre de comptage ont été dénombrées à la même date.
Sans mesures de contrôle, la végétation sur les voies ferrées augmente continuellement.
Des coûts logistiques et opérationnels élevés limitent toutefois l'application à grande échelle des traitements à l'eau chaude sur le réseau des CFF.
Les résultats sont présentés de manière plus détaillée sur les pages Internet dont les liens figurent ci-dessous.
Aucun site n'a présenté de problèmes de sécurité d'aucune sorte, raison pour laquelle le projet a été poursuivi. Le succès d'établissement des quatre mélanges s’est avéré très différent sur le terrain en fonction du site. Le déroulement de la germination des différentes espèces a été étudié en chambres climatiques et comparé aux résultats obtenus sur le terrain. Sur la base de ces résultats, le projet a été étendu comme suit:
Développement d'un mélange combiné supplémentaire: A partir des résultats des essais de germination et des variétés ayant réussi à s’établir dans les conditions des différents sites, les chercheuses et chercheurs ont composé un mélange supplémentaire et l’ont semé en décembre 2020 sur tous les sites d'essai.
Température du sol: La température du sol a été enregistrée sur trois sites d'essai pendant la période de végétation de 2021 à 2023.
Influence de la couverture de mousse sur la germination: Sur un site, la germination du mélange combiné sur un sol couvert de mousse a été comparée à celle sur un substrat sans végétation dans le cadre d'un essai préliminaire répété à trois reprises de 2021 à 2023.
Les nattes de sédums comme stratégie de végétalisation: De 2021 à 2023, les chercheuses et chercheurs ont étudié, sur trois sites, la végétalisation au moyen de nattes de sédums achetées dans le commerce comme stratégie de végétalisation possible pour les zones de ballast et les chemins d'entretien.
L'évaluation intermédiaire a été publiée et est disponible sous «Téléchargement».
Depuis des décennies, les compagnies de chemins de fer luttent contre la végétation sur les voies ferrées ainsi que sur les chemins de fuite et d'entretien. Au vu des nombreuses expériences positives de végétalisation sur les toits et les voies de tramways, l'idée a germé d'appliquer cette méthode le long des voies ferrées. Une étude bibliographique a révélé que cet axe de recherche était encore totalement inexploré sur le plan technique et scientifique dans le domaine du trafic ferroviaire. Par conséquent, les CFF ont mandaté une étude de faisabilité avant d’appliquer ces méthodes à grande échelle.
Un groupe d'experts est arrivé à la conclusion qu'une végétalisation pourrait être couronnée de succès et serait même souhaitable en raison des éventuels effets positifs sur l'environnement. Les domaines entrant en ligne de compte pour la mise en œuvre de la végétalisation ont été définis: il s’agit des banquettes des voies ferrées, des chemins d'entretien et des pistes. Afin d'éviter que des problèmes de sécurité ne surviennent rapidement, une évaluation intermédiaire doit être effectuée après deux ans. Sous la devise «Semer au lieu de combattre», les objectifs suivants ont été définis:
Vérification du succès de l’établissement des variétés sélectionnées
Vérification du succès de l'éviction des adventices par les plantes sélectionnées
Clarification des aspects de sécurité
La stratégie d'essai a été développée et mise en œuvre en collaboration avec plusieurs partenaires et les CFF:
Des variétés qui a priori répondaient le mieux aux exigences sécuritaires et écologiques ont été sélectionnées.
Après vérification de la disponibilité des semences, quatre mélanges le plus naturel possible ont été composés à partir d'écotypes indigènes de ces variétés.
Des sites appropriés ont été choisis parmi une série de gares et de voies ferrées et des analyses ont été effectuées sur un site externe ainsi que dans des chambres climatiques.
Des échantillons de substrat ont été prélevés sur chaque site d’essai pour déterminer la teneur en humus, et la teneur en Corg a été analysée.
L'étude de faisabilité a été publiée et est disponible sous «Téléchargement».