L’agroforesterie, une nouvelle forme d’utilisation du sol

Birne und Rhabarber im Züricher Unterland

Les systèmes agroforestiers augmentent les stocks d’humus et servent ainsi à piéger le carbone

Après sept ans, un système agroforestier de Suisse centrale a déjà conduit à une accumulation substantielle d’humus (+18 %) comparée avec la zone cultivée. L’accumulation d’humus n’est pas limitée à la couche superficielle du sol. Elle est aussi détectable jusqu’à 60 cm de profondeur. Les systèmes agroforestiers modernes associent sur une même parcelle les grandes cultures et les arbres (pour la production de bois d’œuvre ou sous forme de vergers haute-tige). Ils sont exploités avec des techniques modernes et sont intéressants du point de vue économique. Par conséquent, ces systèmes agroforestiers productifs sont en mesure de contribuer à la protection du sol, du climat et des eaux.

Augmentation des stocks d’humus dans un système agroforestier de sept ans en Suisse centrale (PDF). Recherche Agronomique Suisse Numéro 7+08, juillet / août 2017

Les vergers haute-tige disparaissent de plus en plus de notre paysage agricole. C’est pourquoi Agroscope développe des combinaisons alternatives de cultures agricoles plantées d’arbres qui sont à la fois rentables, fournissent des services écosystémiques et enrichissent le paysage.

Les haies et les arbres fruitiers haute-tige sont des éléments centraux des paysages agricoles. Leur nombre ne cesse cependant de reculer: depuis 50 ans, près de 80% des arbres fruitiers haute-tige ont été abattus et ce n’est que ces dernières années que leur nombre s’est stabilisé. Les raisons de ce recul sont multiples: rentabilité insuffisante, spécialisation des exploitations ou encore épidémies récentes de feu bactérien. Ainsi, non seulement les paysages perdent de leur qualité esthétique mais leurs prestations écologiques (habitat pour la petite faune, protection contre l’érosion) s’en trouvent amoindries.

C’est pourquoi les travaux sur l’agroforesterie ont pour objectif de combiner arbres fruitiers et sous-cultures agricoles, de façon à ce qu’ils soient économiquement rentables aussi sur des exploitations modernes, tout en fournissant des prestations écologiques. Nous avons créé, en collaboration avec Agridea, la „Communauté d’intérêt d’agroforesterie“. Celle-ci offre une plateforme d’échanges d’expériences aux agriculteurs qui testent ces systèmes d’agroforesterie. Nous accompagnons les nouveaux systèmes mis en place au moyen d’un programme de monitoring.

Le projet européen „Agroforestry for Europe“ (AGFORWARD) a pour but de soutenir les systèmes d’agroforesterie traditionnels et modernes à travers la recherche. Nous contribuons à ce projet en modélisant et quantifiant les services écosystémiques des systèmes agroforestiers. Nous nous appuyons sur des modèles existants et sur les résultats des recherches disponibles et portons notre attention sur l’interaction entre les arbres et les sous-cultures, resp. entre les arbres et la pâture. Nous nous intéressons en particulier aux indicateurs suivants:

  • Productivité:
    La production de biens divers est une des particularités des systèmes d’agroforesterie. Spécialisés sur la durée de vie et la diversité des produits d’un système agroforestier, les modèles „YieldSAFE“ et „Hi-SAFE“ permettent de modéliser les rendements des arbres (fruits + bois) ainsi que des sous-cultures, resp. des pâturages, avec lesquels ils sont en interaction. Pour le calcul de la rentabilité, c’est le modèle „FarmSAFE“ qui est utilisé.

  • Biodiversité:
    Les systèmes agroforestiers sont connus comme habitat et lieu de refuge d’une flore et d’une faune en partie très spécialisées. Leur valeur pour les pollinisateurs et les auxiliaires, de même que la valeur que ceux-ci leur confèrent, sont chiffrées dans le projet. Leur aptitude à servir d’habitat est également examinée grâce à des modèles paysagers. Les modèles tels que Salca-Biodiversité et Lonsdorf, ainsi que des données d’évaluation du paysage (hémérobie, hétérogénéité, etc.), permettent de compléter les relevés de terrain.

  • Protection des sols et du climat:
    Le sol est fondamental pour la production agricole et son utilisation durable revêt donc une importance capitale. Dans ce contexte, à côté des indicateurs évidents que sont l’érosion des sols, la séquestration du carbone et le lessivage des nitrates, la qualité biologique, chimique et physique des sols (à long terme) est également prise en considération. Des outils d’évaluation tels que RUSLE ou Salca-SQ viennent compléter les relevés pédologiques de terrain.

 

Sur la base des indicateurs présentés, la situation actuelle est relevée dans 10 régions d’études en Europe et des scénarios d’évolution, en termes de conception, d’extension et de composition des systèmes agroforestiers sont modélisés. Deux des études de cas se déroulent en Suisse: l’une s’intéresse aux vergers de cerisiers haute-tige du Schwarzbubenland, l’autre aux pâturages boisés du Jura.

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